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Le graffiti-artiste CEET,
de Hong Kong à Toulouse

30.07.2021

L’année du Chicanos

Fouad passe son adolescence à Toulouse et rencontre le graffiti dans les années 80. C’est un moment intense, et la Ville rose devient l’un des lieux importants de cette activité nouvelle, on entendra souvent les noms de TILT et FAFI, et surtout TRUSKOOL. Notre interlocuteur choisira comme nom de scène CEET, aussi écrit CEE.T, qui se prononce si-ti. Très influencé par New York et son wild style précurseur, il va peu à peu se diversifier, trouver son style, ajouter du dessin, un poulet, puis deux, puis ce sera sa marque de fabrique. Le « Chicano » était né !

Puis vint le moment du changement, et CEET bifurque et s’envole vers l’Asie, où il trouve un nouveau souffle, une nouvelle aventure, qui dure depuis près de 20 ans. Il y est artiste, mais aussi un entrepreneur de renom. Il a développé une résidence qui accueille des artistes du monde entier, il continue à voyager pour peindre et reste lié à sa ville, Toulouse, où il a initié un nouveau projet, Ligne 31, un lieu artistique, qui sera aussi un pont direct avec la Chine qui l’a adopté. En voici un peu plus sur ce personnage discret, aventurier et international.

http://www.megaceet.com/
https://www.facebook.com/megaceet
https://www.instagram.com/ceet_fouad/

portrait devant la toile par Guillaume Pannetier

LIGNE 31, l’exposition

« On est en train de monter une résidence d’artiste à Toulouse qui fera le lien avec celle de Hong Kong. On a un lieu que la ville nous permet d’utiliser et on essaie de regrouper les artistes qui n’ont pas de studio, qui sont issus du graffiti et du street art. On va faire des expos tous les trois mois, et Ligne 31 est la première. C’est 15 artistes locaux, on a choisi le thème du métro de New York, on a reproduit des wagons sur le mur de la galerie et toutes les fenêtres sont remplies par des artistes. Chaque artiste a le même format et dedans il fait ce qu’il veut. »

informations

Tu dessines beaucoup de poulets que tu appelles les « Chicanos », comment on passe d’un graffiti classique à un personnage comme celui-ci ?

J’avais fait un peu le tour des lettres, des personnages, du wild style, des flops, et c’est pas que j’ai voulu un changement mais cette histoire de poulet s’est faite étape par étape. J’ai commencé à le mettre dans mes graffitis, dans mes lettrages, et à en ajouter de plus en plus. Jusqu’à que le lettrage disparaisse et que le poulet devienne mon icône principale.

J’ai toujours eu des concepts un peu décalés, avant je peignais beaucoup sur les camions, puis je me suis retrouvé à faire des personnages complètement débiles. Et dès que j’ai découvert le poulet, je me suis dit que j’allais me concentrer sur ça et le décliner. Et délirer avec.

Tu souhaitais amener un peu d’humour dans l’univers du graffiti ?

J’ai toujours aimé délirer et faire de l’humour, et c’est vrai que ça manque un peu dans tous les milieux, pas que dans le milieu du graffiti. Quand on peint, on essaie de représenter un peu ce que l’on représente, j’ai choisi le poulet, ça aurait pu être un autre personnage, mais c’est vrai que celui-là est marrant. Et le poulet à une image un peu spéciale, quand je voyage je me suis aperçu qu’il avait différentes significations, et c’est vrai qu’en France on l’utilise pas mal : sur les maillots de l’équipe de France, et c’est aussi un surnom : « mon poulet ».

Ça reste spontané, il n’y a pas de stratégie marketing ou quoique ce soit, je le fais vraiment au feeling. Le personnage que tu as créé, tu apprends à le connaître, à le découvrir, puis tu fais des liens avec le quotidien.

Il est perçu comment en Asie ?

Alors, « chicken » en Asie c’est la prostituée et le jaune c’est la couleur qui va avec, donc au début je n’étais pas très à l’aise (sourire). Mais il y a aussi l’année du coq en Asie et, par exemple, ceux qui sont nés l’année du coq adorent acquérir une de mes toiles car ça leur porte bonheur. Les asiatiques sont très superstitieux, j’ai eu cette chance-là.

D’autres artistes ont un personnage fétiche, il y en a certains que tu retiens ?

Il y a plusieurs artistes qui ont des personnages qui me font marrer. Il y a JACE qui a beaucoup d’humour, ADOR, M. POULET. Il y a aussi MIST qui fait des personnages un peu plus diaboliques, PEZ un gars de Barcelone. Je prends beaucoup d’inspiration en regardant ces artistes-là, et c’est vrai que ça donne de la fraîcheur dans le milieu du graffiti.

Quelles sont tes inspirations ?

Ça dépend de mes périodes artistiques, c’est à dire que des fois que je vais faire des sculptures, des installations, ou alors que des toiles, ça dépend du mood. Il suffit que j’aille à une expo et que je vois des installations qui m’ont super impressionné et ça va me donner envie d’aller dans mon studio et de bosser. Ça ne va pas venir comme ça, c’est surtout ce que je vais voir autour de moi.

 J'ai  eu  200  personnes  autour  de  moi  en  train  de  me  regarder  faire,  et  ça  a  attiré  la  police... 

Tu vis depuis le début des années 2000 à Hong-Kong, qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

J’aime bien les challenges, aller dans des endroits où il n’y a pas grand chose, je pense que c’est aussi le but de tous les graffeurs, de se retrouver dans un endroit vierge. Où tu seras le premier à faire un graff. Quand je suis arrivé dans la ville de Shenzhen, il y avait tout à faire, tout à construire. Je ne pensais pas révolutionner le graffiti, plutôt prendre de l’énergie positive, apprendre à peindre différemment, apprendre la sculpture, rencontrer de nouveaux gens. Parfois tu as des caps où tu as envie de changements.

Il y avait des graffeurs quand tu es arrivé ?

Le plus old-school avait commencé dans les années 2000, donc tu vois un peu le décalage avec l’Europe et les USA. Les graffeurs ici sont très influencés par le côté New York, avec les lettrages, mais ça a beaucoup évolué depuis que j’y suis, 19 ans maintenant. Il y a de plus en plus de festivals de graffiti et de graffeurs, beaucoup de filles aussi, et des gens d’horizons différents. Et c’est vrai que les Asiatiques ont cette faculté à prendre des choses et les faire évoluer super rapidement.

Quels sont les avantages et les inconvénients quand tu choisis de vivre dans un pays très différent comme celui-ci ?

La difficulté au départ c’est la langue bien entendu, après la nourriture c’était pas facile, j’ai dû m’adapter. Ensuite il faut se faire des contacts, rencontrer des gens avec qui tu crées des affinités. Et c’est un peu dur car au début tu es souvent seul.

Les avantages, c’est que tout est à faire, tu rencontres de nouveaux artistes qui vont d’apprendre à peindre différemment, la vie n’est pas chère, tu peux trouver un appartement de 200 m2 pour 600 euros par mois, et tu peux faire fabriquer des objets, des stickers ou des t-shirts très vite, et les prix sont très bas, alors que ça coûte très chers à faire en France avec beaucoup de délais, c’est un des avantages de l’Asie.

Tu te souviens de tes débuts en Chine ?

Une des premières fois où j’ai peint un mur, en cinq minutes j’ai eu 200 personnes autour de moi en train de me regarder faire, et ça a attiré la police. On avait un problème de communication, ils ne parlaient pas anglais et je ne parlais pas mandarin, donc j’ai compris qu’il fallait que j’arrête, et je suis parti, mais ça s’est bien passé. Un étranger qui peint sur un mur, c’était vraiment inattendu pour eux.

Tu as créé une résidence à Hong-Kong, Jardin Orange, peux-tu nous en dire plus ?

Jardin Orange, c’est une résidence que j’ai créée avec ma partenaire chinoise. On invite les artistes qui viennent passer de un à trois mois. Ça leur permet de développer leur art, de créer des pièces qu’ils n’ont pas l’habitude de faire, et du fait que l’on ait des usines tout autour ça permet de travailler vite et bien. Je fais la sélection des artistes, on peut envoyer des emails via le site, et quand ils viennent on organise des expos, puis les œuvres font le tour de l’Asie pendant un an.

On a 25 personnes qui gèrent tout ça, et qui font vivre les travaux des artistes en Asie. Ça fait cinq ans que ça existe, on a reçu environs 70 artistes, qui font des choses très différentes, et ils gardent tous un très bon souvenir de leur passage !

Le POSCA de CEET

« J’utilise tout le temps le POSCA sur mes toiles, je fais les petits détails et les finitions, ensuite il faut vernir bien entendu. Je fais tout à l’acrylique et à la bombe, et quand j’ai fini les aplats, je reviens avec le POSCA pour faire mes traits et les arrondis. Ce que j’aime bien avec les POSCA, c’est quand il ne reste plus beaucoup d’encre et que le trait s’estompe peu à peu. J’aime le PC-5M et la couleur qui passe super bien, c’est le vert pomme. C’est celui que je préfère. »

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