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Please rotate your device

Karim Le H
sneakers, kicks & basket
#interview

24.09.2020
 Tout  ce  que  j'ai  découvert  dans  Photoshop  je  l'ai  utilisé  directement  sur  toile  et  sur  le  mur... 

N’est pas le H qui veut !

Karim est un enfant des années 80 qui a grandi dans les 90’s. Ses héros sont Michael Jordan, ils font partie de l’équipe Marvel ou ils ont été à la télé sur Antenne 2 dans les émissions de Dorothée le samedi matin, à une époque que les moins de 30 ans ne peuvent se rappeler. C’est aussi le moment où le graffiti arrive dans les grandes villes, le rap sort de la confidentialité et devient français, et le basket s’impose dans la rue.

C’est une époque qui est aujourd’hui vintage, et Karim aime lui rendre hommage et la dessiner. On a passé une après-midi avec lui et sa compagne Clélia pour faire le point sur ses activités, il nous en a dit plus sur son parcours, ses techniques et les nombres de son quotidien.

 

https://www.instagram.com/karimleh/

Pour commencer, peux-tu nous parler de ton pseudonyme ?

Karim le H, c’est la combinaison de mon prénom et mon surnom. « Le H » était mon surnom, qui a la base est le verlan de « Le chat », et quand il a fallu que je trouve un nom d’artiste, j’ai choisi Karim le H. Karim veut dire « Le généreux » en arabe et le H, qui est la différence en Pi (π) et Phi (φ), c’est lié avec ce que je fais.

Pi et Phi sont deux nombres irrationnels qui sont partout autour de nous. Et c’est ce que j’aime faire : partager ce qui m’entoure et me passionne. Phi, c’est aussi ce que l’on appelle le Nombre d’or des Égyptiens, c’est un rapport de proportion qui est une constante de l’univers, dans le microscopique ou dans le gigantesque. On le retrouve aussi dans les proportions de l’être humain, l’architecture, l’art… Et le nombre Pi, tout le monde le connaît car il l’a étudié à l’école, c’est la valeur du périmètre d’un cercle dont le diamètre est 1.

Tu peux nous en dire plus sur ces nombres ?

Lorsque qu’un édifice était construit, ces chiffres étaient utilisés pour l’agencement et l’esthétique de l’ensemble. On disait que ça faisait entrer la lumière, c’est-à-dire la beauté, on est quasiment dans le divin. C’est aussi valable pour la technologie et le graphisme, mais aussi dans la nature où la coquille d’un escargot, la forme de la spirale, est liée à ces nombres.

Lorsque je fais une esquisse ou une mise en page, ces proportions permettent d’aboutir à une harmonie. Il faut que ce soit agréable à regarder, que l’on comprenne de quoi il s’agit, c’est là où ces nombre interviennent. C’est ancré dans mon nom, et quand je dessine ce sont des valeurs que j’ai intégrées. Ça fait partie de nous, de moi, de notre quotidien…

 je  n'ai  pas  eu  l'envie  de  taguer  mon  blaze  (...)  mais  je  comprends  le  délire 

Tu as toujours vécu dans le XIIIè arrondissement de Paris, c’est là que tout commence ?

Oui, j’y suis né et j’ai eu la chance de connaître Charbonniers, un petit terrain de graffiti de l’époque, c’était l’essence du street art ce lieu. Il y avait aussi Les Frigos, un grand squat qui se trouve vers la Très Grande Bibliothèque, et c’est là que j’ai commencé à faire des grafs en 1994. On se retrouvait aussi à l’usine d’air comprimé, à la rue Watt ou sur la Petite Ceinture, il y avait partout des lieux pour peindre avant que le quartier soit rénové.

On est plus ou moins la deuxième génération de graffiti parisien, c’était aussi très hip-hop dans la mentalité, et le rap français explosait avec la Mafia Trece et Département E, qui sont les plus connus de l’arrondissement. C’est aussi l’arrivée des comics Marvel, les mangas via l’émission Club Dorothée, le basket et aussi les baskets (sneakers), tous ces éléments nous ont bercés. C’est ce que je raconte aujourd’hui avec mes images, car tout ce que l’on voit c’est la continuité de toute cette culture. Si tu enlèves de T de trap, tu reviens aux origines ! (Sourires.)

Par contre, je suis sorti du graffiti aussi vite que j’y suis entré, je n’ai pas accroché à l’ambiance. Je souhaitais simplement faire de la peinture, kiffer la couleur et développer ce qui me passait par la tête. Je suis resté proche de mes potes du crew, mais je n’ai pas eu l’envie de taguer mon blaze, je ne suis pas writer. Mais je comprends le délire. Quand tu vois passer un train avec plein de noms, comme la ligne 6 actuellement qui se fait cartonner, je comprends l’excitation que ça procure !

 

Tu parlais des mangas et des comics, comment tu as perçu ces nouveaux styles de dessins ?

J’ai tout de suite aimé ces dessins, leur puissance et leur énergie. Par contre, je ne suis pas vraiment un créateur, ce qui demande beaucoup d’énergie, je préfère reproduire des images de mon univers, de les construire à la manière du logiciel Photoshop. C’est au feeling.

Pourtant j’ai sous les yeux des portraits qui ont un style particulier et qui est le tien…

Oui, il y a ces portraits, que tu dis orangés et qui sont pour moi les couleurs de l’or, qui sont réalisés avec des aplats de couleurs de la gamme Posca, qui permet de faire ressortir l’éclat de l’or. Ensuite je fais les contours, puis les points. Je ne souhaite pas que ce soit trop dans le style pop art, je dirai plutôt à la manière de Photoshop : j’ai ajouté le filtre « point ».

J’ai fait une centaine de portraits dans ce style, des commandes pour des gens et aussi lors d’événements. Il y en a plein que je n’ai jamais montrés, que je dévoilerai un jour. C’est concret comme manière de faire, tu as les couleurs au bout des doigts, comme un DJ et ses vinyles qui a la musique au bout des doigts. Ça n’est pas comme tracer des traits à la souris, là tu es en direct. L’important c’est de faire.

 

Très présent dans ton univers, il y a aussi le basket-ball, et les sneakers…

J’ai fait beaucoup de basket, c’est le sport qui m’a fait le plus kiffer. D’ailleurs, j’ai fait une dizaine de saisons en club, à la période de la Dream Team et l’explosion de la NBA. Tu regardes les joueurs et les baskets qu’ils portent, et ça donne envie. Et en 1989 quand un pote avait un nouveau modèle de Jordan, c’est forcément qu’il était allé aux États-Unis, ça faisait rêver !

Un jour j’ai peint une basket sur un mur, ça a bien marché donc j’ai continué ce délire. Et quand j’ai fait une Jordan 5, un gars, Max [Limol], qui passait devant m’a dit qu’il était en train de faire un bouquin, Sneakers Culture, et depuis on collabore ensemble. J’avais tout simplement dessiné son modèle favori ! Ensuite j’ai fait une série de portraits de personnalités liées à la culture sneakers comme Starsky (& Hutch) et ses Adidas Gazelle, Punky Brewster et ses Converse All Star, Will Smith dans Le Prince de Bel-Air et ses Robinson et Nike Air Jordan. Et même si les séries américaines sortaient en France avec un an de retard, tu voyais souvent des chaussures qui n’étaient même pas encore dispo ici. Je suis fou de basket-ball, je décryptais les matchs et je savais même quelles sneakers les joueurs avaient pour tel tournoi. C’est l’histoire tout ça !

Un autre moment important, c’est quand en 2014 j’ai participé au Quai 54, le tournoi de basket le plus important du monde qui se déroule à Paris. C’est grâce à Max qui est très pote avec Hammadoun, l’organisateur, que j’ai eu une petite place. J’ai eu l’occasion de peindre plusieurs fois là-bas, c’est une façon de raconter à nouveau une histoire, avec des images, mettre en avant des personnes et des situations, des anecdotes dont on se souvient car ça nous a marqués. Ce sont des choses importante à transmettre aux plus jeunes.

Tu interviens aussi dans la rue, comme ce projet pour la ville du Kremlin-Bicêtre…

Ce sont les citoyens qui ont voté pour améliorer le système des déchets dans la ville, avec le budget participatif. Entre autres, ils ont souhaité mettre en avant les poubelles avec du street art. On avait carte blanche, on a décoré 327 poubelles. On a bossé en binôme avec Twopy et on a accordé nos custos en fonction des magasins à proximité, des écoles, des noms des rues…

Par exemple, j’ai fait Michael Jordan qui smashe en face du bureau d’un gars que je connais du monde la sneaker qui est fan de la paire Jordan 3. Près d’un Abribus, j’ai utilisé le vert RATP et dessiné des tickets de métro, j’ai aussi dessiné la fleur préférée d’une mamie qui était venue nous parler. On est restés deux mois, ça a été un gros boulot. Ensuite, ça a été relayé dans le journal Le Parisien et des Kremlinois interrogés parlaient de leur poubelle préférée, ça fait vachement plaisir !

LA BANDE DES 80

« C’est un monsieur qui a voulu faire plaisir à ses petits-enfants. Il m’a envoyé une liste, et sur une toile de 2,70 x 3,30 j’ai fait un montage avec un peu plus de 80 personnages, 100 % Posca !  Je l’ai faite ici, dans le salon ! Elle est là, roulée, emballée, prête à être livrée. Ceux que j’ai préféré dessiner ? Il y a Albator et Goldorak, et il y aussi Pif et Hercule, qui m’a rappelé le débat sur qui est le plus fort dans le film La Haine (sourires). »

 c'est  ma  passion  et  c'est  devenu  mon  taf   

D’ailleurs, depuis quelques temps, la peinture est ton travail à temps complet…

Oui, c’est ma passion et c’est devenu mon taf depuis novembre 2019. J’ai arrêté de travailler à la RATP et je suis devenu artiste-peintre-décorateur. Je produisais beaucoup avant, donc aujourd’hui ça n’est pas très différent, sauf que c’est une nouvelle organisation. Tous les jours c’est différent : un festival, un store, une déco chez un particulier ou pour une entreprise. Dans cette nouvelle organisation il faut faire de la communication sur les réseaux sociaux, on fait un site internet, il faut démarcher, partout où je vais je laisse mes coordonnées. Je bosse beaucoup avec ma compagne Clélia, on avance à deux.

En ce moment, j’aime beaucoup faire les stores des magasins du quartier, ça donne de la vie à la rue et ça permet de faire savoir que le commerçant est ouvert. J’aurais voulu décliner à chaque fois avec l’univers Dragon Ball Z, mais certains ont préféré Star Wars !

 

Comment ta technique a évolué au fil du temps ?

J’ai la chance d’habiter rue Marcel Duchamp (sourires). Il y a beaucoup d’artistes dans le quartier, c’est inspirant. Et quand j’avais 14 ans, mon voisin m’a donné une des premières versions de Photoshop et m’a montré ce que l’on pouvait faire. C’était au moment où je débutais le graffiti. Avec le temps j’ai pris en mains les outils, on m’a donné des conseils, puis au taf j’ai eu l’occasion d’utiliser Photoshop, ce qui m’a aidé à évoluer. J’ai fait les logos des LED qui indiquent les directions que l’on voit à l’avant des bus. Ce logiciel m’a beaucoup aidé et inspiré, tout ce que j’ai découvert dans Photoshop je l’ai utilisé directement sur toile et sur le mur, c’est ce qui me permet d’avoir une construction intelligente des peintures, j’ai appris à réaliser les étapes de façons rapides et efficaces.

Le choix de Karim

« Le noir, tout simplement. Je fais des aplats noirs sur mes toiles systématiquement s’il n’y a pas de décor. Et en taille je choisirai le PC-7M, celui avec la mine ronde. Mais sincèrement, je choisis toutes les tailles et toutes les couleurs Posca ! »

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