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Le tuto atelier de PMH
du CP au CM2

23.06.2021
 on  ne  se  trompe  jamais  au  doodle  ! 

en mode atelier pour enfants

On a demandé à l’artiste PMH de nous présenter comment il organise ses ateliers pour enfants, voici les tenants et les aboutissants pour des œuvres tout en couleurs !

« Pour le projet de l’école Joséphine Baker de Guémené-Penfao (44), j’ai rencontré les enseignants du CP au CM2, ça concernait environ 200 enfants, donc on a constitué des groupes de 20-25 élèves. On a échangé sur les attendus, les compétences que ce genre d’atelier pourrait développer chez les enfants. On a fixé l’objectif final qui était une création collective. J’ai proposé des mosaïques / puzzles où chaque enfant aurait sa propre création, donc une œuvre par groupe. On a validé l’idée de dessiner sur du carrelage. Aux beaux jours, on collera ces œuvres sur les murs de l’école.

J’ai bâti les interventions en quatre séances par groupe sur trois mois. Ce qui est génial, c’est que les élèves se sont rapidement habitués à ma présence, et venaient spontanément me parler, me montrer leurs doodles et même m’en offrir. J’ai pu constater un réel enthousiasme dès le départ de l’aventure. Pour l’aspect pratique : il faut s’entraîner avec des feutres noirs simples sur du papier, puis s’entraîner avec des POSCA sur du papier Canson de 20 x 20 cm. J’ai trouvé un partenariat pour 400 carreaux de carrelage blanc de 20 x 20 cm. Le plus difficile est d’estimer la quantité nécessaire de POSCA – noirs et couleur en 7M et 5M, en sachant que les élèves se les prêtent. »

Je leur répète plusieurs fois
les quelques règles doodle que j’ai établies :

La règle ACPP : on s’Applique, on est Concentré, on est Patient et on est Précis. Et surtout, la règle fondamentale, celle qu’ils préfèrent – on se demande bien pourquoi (rires) : on ne se trompe jamais au doodle ! parce qu’il y a toujours moyen de rattraper un trait qui part bizarrement, ou un pâté, ou un dérapage.

première séance / une heure trente

Je me présente, ainsi que le principe du doodle – en insistant sur la différence avec le simple gribouillage et les dessins figuratifs dont ils ont l’habitude, et le réflexe de faire : un bonhomme, une maison, un chien. Je leur montre des exemples de mon travail et je les fais réagir pour stimuler leur imagination. Puis j’échange avec les enfants sur leurs connaissances en matière d’art, de street art et de pratiques artistiques.

On fait aussi une à deux pauses doodle pour qu’ils découvrent le plaisir – ou parfois la difficulté pour certains – de laisser le trait filer au gré du hasard et de l’imagination. Ce n’est pas évident pour tous, certains bloquent car ils réfléchissent trop, mais ça vient relativement vite et on obtient des résultats encourageants et satisfaisants dans le sens où ils sont contents de produire quelque chose d’artistique dès la première séance.

deuxième séance / une heure trente

(On est déjà plus dans la pratique.)

Magic doodle

Ils découpent des extraits de mes dessins – à partir de photocopies –, les collent sur une feuille et doivent les fondre dans leurs propres doodles en les prolongeant, en les reliant. C’est amusant et parfois bluffant.

Doodle battle

Un élève commence un doodle et son voisin doit le poursuivre et ainsi de suite. J’interviens en tant que joker quand ils le souhaitent, ce qui fait qu’on commence la collaboration en tant que telle, on crée à deux ou trois. Là aussi les résultats sont saisissants !

troisième séance / deux heures

Chaque groupe décide de la forme finale de ce qu’on a appelé les « nuages de carrelage ». Géométrique, foutraque, forme de chien ou de robot. On choisit l’emplacement où sera placé ce nuage / mosaïque dans l’école. On commence une session doodle sur des carrés de feuille Canson avec les POSCA noir 7M, et deuxième heure on attaque directement les carreaux de carrelage. À partir d’une maquette en Post-it, je reconstitue devant eux ce nuage de carreaux de carrelage. Puis je dessine des motifs de doodle afin de relier plusieurs carreaux entre eux, de reconstituer une sorte de puzzle. Ils me regardent dessiner, s’expriment, disent à quoi chaque motif leur fait penser. C’est un moment rigolo.

Ensuite on numérote chaque carreau qu’on attribue à un élève, qui doit bien retenir son numéro jusqu’à la fin du projet ! Ensuite chacun se lance – parfois en partant des parties de mes motifs, parfois en plein milieu. On a des résultats très différents et pourtant tous respectent plutôt bien la consigne de départ, c’est ça qui est cool. En fin de séance, on reconstitue le puzzle et ils sont émerveillés de voir l’œuvre naître sous leurs yeux et de réaliser que ça fait un super effet d’ensemble !

quatrième et dernière séance / deux heures

Je constitue des combinaisons de 4 ou 5 couleurs qui vont bien ensemble. Chaque groupe vote pour choisir sa combinaison. J’explique que ça n’est pas du coloriage mais une « mise en couleurs » de leur œuvre collective. J’explique qu’il faut « doser », il ne s’agit pas de passer toutes les formes en couleur, c’est un équilibre. Si on rate cette étape, l’œuvre finale peut être décevante.

On fait des photocopies grand format de leur nuage en noir et blanc que je punaise au mur. Devant eux, je fais la répartition des couleurs en mettant juste un point de couleurs dans des formes. On divise le nuage en plusieurs parties et en petits groupes ils doivent suivre le modèle pour appliquer les bonnes couleurs aux bons endroits. Ça leur apprend à être attentif, concentré et à se repérer dans l’espace. Travail de collaboration : ils ont tous un POSCA de couleur en main, doivent attendre que les autres terminent, que ça sèche, et vérifier le travail en cours pour voir si ce qu’ils font est conforme au modèle.

Deuxième heure : chaque élève récupère « son » carreau et va peaufiner, retracer certains contours pour masquer la couleur qui a dépassé. Je vérifie et valide chaque carreau. Toute dernière étape : on reconstitue leurs « nuages de carrelage ». Tous les élèves observent attentivement et m’indiquent s’il manque un lien entre deux carreaux ou une couleur. Il ne reste plus qu’à protéger les carreaux dans des tissus en attendant la pose finale sur les murs. Il faudra aussi les vernir pour les protéger des intempéries et des U.V.

LES TRUCS & LES ASTUCES

• Adapter son vocabulaire aux enfants, stimuler la classe – en fonction de l’heure, de la fatigue, de l’excitation –, interroger tout le monde équitablement, valoriser les moins bonnes réponses sans les casser ou les vexer, faire respecter le silence quand il s’impose.

• Éviter de vouloir aller trop vite, il faut être patient.

• Les instituteurs et les assistantes de vie scolaire (AVS) connaissent bien leurs élèves – et surtout les plus dissipés, ils permettent de canaliser la classe.

• Il faut prendre une posture de prof, sans oublier qu’on est là en tant qu’intervenant qui est un rôle différent. Optimiser le temps avec eux pourqu’ils en gardent un super souvenir. Il faut qu’ils aient envie d’apprendre, d’essayer, de créer, de découvrir, d’être curieux, le tout avec un peu d’humour et surtout en leur montrant que c’est à leur portée.

• Encourager ceux qui bloquent ou qui pensent bloquer en montrant que c’est accessible et qu’il ne faut pas trop réfléchir, que le trait se promène sur la page ou le carrelage. Et ça repart.

• La pratique du doodle permettait de canaliser plusieurs élèves qui étaient pourtant excités. Et on a assisté à de longues périodes de concentration et de grand calme dans la classe.

• Les instituteurs m’ont rapporté que les élèves faisaient naturellement du doodle entre les séances – pour le cahier de classe ou juste pour passer le temps. Certains enfants ont montré à leurs parents comment on faisait.

• Avec des CP, CE et CM, la bonne surprise c’est qu’il était parfois difficile de deviner quelle classe avait réalisé quoi. Il y avait aussi des élèves ULIS (unités localisées pour l’inclusion scolaire) qui ont pris beaucoup de plaisir à se joindre aux autres et à pratiquer le doodle.

• On se retrousse bien les manches pour ne pas en étaler partout, on rebouche bien les POSCA pour ne pas que la mine sèche, on les secoue pour bien que la bille fasse son travail – j’appelle ça « réveiller le POSCA ! » Il y a forcément quelques incidents de parcours, mais ça fait partie de l’apprentissage. Et on apprend de ses erreurs.

• Les profs m’ont signalé que des élèves en particulier ont reçu des encouragements et des exclamations très positives de la part des autres, alors que scolairement ils ne sont pas forcément en tête de classe. Stimulant et gratifiant. C’est vrai que d’une manière générale on a souvent entendu des « Waouh, trop stylé ! »

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