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Ludovic Boulard Le Fur
actif & réactif
#interview #archive

15.07.2020

yétis, surf & couleurs

Il y a quelques années, Ludovic est apparu dans le giron de Posca après avoir participé à un concours de custo de planche de surf (sur papier), en partenariat avec la marque Rip Curl (voir ci-dessous). Il s’est avéré être le premier gagnant de la série. On l’a donc rencontré, et on a découvert un drôle de personnage. Caustique et calme, énergique quand il s’agit de créer et une reconnaissance de ses pairs qui commençait à poindre. Son univers est organique et chamanique, spontané et maîtrisé, des forêts denses et désorganisées aux éléments mystiques et totémiques, et peut-être thérapeutiques.

Voici en quelques mots ce qu’il pensait de tout ça à cette époque : on est en 2013, Ludovic travaille de plus en plus le bois pour en faire des sculptures en relief, il expose de temps en temps, il surfe quand il en a l’occasion, il dessine beaucoup de yétis et s’il se pose beaucoup de questions c’est pour mieux savoir dans quelles directions il va aller.

Sous ce paragraphe, on retrouve sa contribution au concours Posca / Rip Curl : les planches qu’il a dessinées, les deux qu’il a envoyées (sur papier), et la planche horizontale qui est un vrai surf qu’il a finalisé sur la plage pendant la finale de l’événement associé au concours, le GromSearch. Ensuite quelques images de l’époque, et après le texte ses créations récentes, dont la série en aquarelle qu’il a finalisée récemment, puis imprimée.

https://www.instagram.com/ludoviclefur/
https://ludovicboulardlefur.fr/
https://www.facebook.com/ludovic.fur

Posca X GromSearch

Trois années de suite Posca s’est associé avec la marque de surf Rip Curl pour un concours en ligne. Dans un premier temps, un document A4 en PDF était à télécharger, ensuite vous n’aviez qu’à l’imprimer, customiser la planche de surf qu’il y avait dessus, puis envoyer ce dessin au bureau Posca. Ensuite il y a eu un vote en ligne, et des gagnants.

Ludovic est le premier à avoir remporté ce concours, il a été invité à la finale du GromSearch au Portugal, et il a finalisé son dessin sur une vraie planche, sur la plage, pendant que les espoirs du surf affrontaient les vagues.

À chaque étape, un artiste local était invité à customiser une planche de surf, sur la plage. Toutes les planches ont ensuite été réunies pour une exposition à Biarritz, et on les retrouve dans le livre co-édité avec le magazine Surf Sessions, Surf Artworks.

la conversation sérieuse / 2014

*Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Je suis allé aux Beaux-Arts de Paris. J’y ai étudié la gravure, un peu de sérigraphie, mais c’était surtout les métiers de l’édition et de l’impression qui m’intéressaient. Par la gravure sur bois je suis venu à la découpe. J’ai commencé à découper mes gravures pour faire des sortes de puzzles, et j’essayais de mettre une couleur sur chaque partie. C’était archaïque, découpé au couteau de cuisine, mais c’était intéressant car à la fin ça donnait quelque chose d’inattendu. Maintenant c’est parfois plus calculé, la découpe est assez propre, mais il y a toujours une partie due au hasard, heureusement.

*Et le surf ?

J’adore surfer autant que dessiner, c’est un trip, j’ai l’impression de voler. C’est une sorte d’hypnose. Et les voyages aussi, même si je ne voyage pas ! En fait, j’ai fait un beau voyage de six mois en Australie qui m’a marqué. Des copains me disent que j’en parle tous les jours, c’est un peu maladif. C’était une sorte de renaissance : du surf, du dessin et des rencontres.

*Comment le dessin est apparu dans ta vie ?

Quand j’étais très petit. Je me souviens que lorsque je voyais le médecin écrire sur les boites de médicaments, j’aimais le bruit du stylo et le fait que l’on ne puisse pas relire ce qu’il avait écrit. Je ne savais pas lire, mais je voyais ma mère qui avait du mal à déchiffrer.

J’ai très tôt dessiné c’était un truc que je faisais tout le temps, à l’école, avec mon frère, chacun dans notre chambre lui plutôt BD, moi des dessins qui n’avaient pas d’histoire. J’ai dessiné en classe du CM1 jusqu’en terminale… Je levais peu la tête vers le tableau, du coup j’ai certains souvenirs où la prof se demande si je suis dans la bonne classe. J’étais absent, enfoui sous mes dessins (sourires). Quand je regardais par la fenêtre et que je voyais la grille qui nous séparait du monde extérieur, rien que ça m’empêchait d’écouter. J’aurais voulu que l’on apprenne des choses essentielles, genre faire du feu.

*Quelles ont été tes inspirations ?

J’ai lu beaucoup de comics, quelques Astérix, mais ce qui m’intéressais c’est l’histoire des super héros. Ah, et ça ! (Il sort de gros classeurs – ndlr.) C’est en rapport avec les comics, ce sont des cartes à collectionner, c’est pour la beauté de l’objet. Elles sont différentes, avec des effets et des hologrammes, il y a DC Comics, Marvel, Les Crados. J’aime la collection, le côté précieux du truc.

Je vais à beaucoup d’expos aussi… Parfois j’ai besoin de voir des choses, et parfois je me concentre sur mon travail et je ne regarde rien d’autre. Très tôt quand ma mère a vu que je m’intéressais aux artistes, elle nous a emmenés voir des expos. Du coup on a découvert ensemble des gens comme Francis Bacon. Plus récemment, j’ai vu Alfred Kubin qui dessine ses rêves, c’est incroyable, quand tu vois ses dessins tu vois des rêves, c’est parfois monstrueux, oniriques. Adolescent j’ai pu apprécier le peintre new-yorkais Jean-Michel Basquiat, ensuite ça m’a moins intéressé, puis quand j’ai vu l’expo à Paris il y a quelques années, ça m’a fait un choc.

*Qu’est-ce qui t’a plu dans Basquiat ?

La générosité, l’énergie et la lucidité. Je n’ai pas ressenti bizarrement cette histoire de souffrance, il doit y en avoir. Plutôt ça prend aux tripes, au cœur, ça te donne de l’énergie et ça t’en prend aussi. Je me souviens quand je suis sorti de l’expo j’avais très faim et très soif, comme si j’avais besoin de m’en remettre, c’était éprouvant.

*Tu peux nous parler de ces artistes dont tu apprécies le travail ?

C’est difficile de faire une liste. Odilon Redon, j’aime beaucoup ce qu’il a pu faire de très onirique. Max Ernst, j’aime beaucoup ce qu’il a pu explorer, des vision étranges de monde que l’on devine, mais que l’on ne connaît pas. Et aussi l’art brut, qui est fait par des gens pas forcément reconnus comme des artistes. Et plus récemment quelqu’un comme Pierre La Police, il fait des dessins et des bouquins, ça ne m’est jamais arrivé de rire autant en regardant quelque chose, c’est un humour tellement décalé ! je n’ai même pas de mots, c’est génial, tout me plaît, son humour et son trait.

*Qu’est-ce qui t’intéresse dans l’art brut ?

On parlait du côté vital, je crois que c’est ça. Et ce n’est pas forcément des gens qui veulent montrer leur travail, c’est d’abord un besoin de faire. C’est ce qui m’intéresse, le compulsif, ce que ces gens ont à dire, la démesure, j’aime bien l’excès aussi.

*Et le surf dans tout ça ?!

Hmmm… C’est un peu pareil le surf, j’en fais depuis plusieurs années, mais je reste très débutant. Juste la vision des vagues qui déferlent ça me fait vachement de bien, c’est hypnotisant. Être dans les vagues et se laisser porter, sans planche, sentir la puissance de la nature, c’est vraiment très intense pour moi comme sensation. Il y a un truc d’harmonie avec toi-même, comme le dessin, mais parfois tu foires ce que tu essayais de dessiner et tu rates ta vague (sourires).

Quand tu regardes Laird Hamilton qui prend des vagues énormes, tu sens l’adrénaline juste en regardant la vidéo. Et j’ai autant d’adrénaline quand je suis sur une vague d’un mètre de haut, c’est des moments où tu ne penses pas, où tu vis pleinement.

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