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Aurélien Jacob, Nono pour les intimes

17.10.2018

Aurélien Jacob est une figure incontournable de la scène surf bretonne. Même s’il n’est pas originaire du pays, il représente la vague du Golf de Gascogne aux côtes d’Armor. Militant de l’extrême, surfeur accompli, bout-en-train et héros international, il est aussi moniteur de surf.
Aurel consacre son temps à la mer, qu’elle soit calme ou démontée. Il est parti en Indonésie avec ses amis Ronan et Ewen pour un film d’aventure : Des Iles Usions, il nous en parle, et nous dévoile la trame de leur nouveau projet. Voici la première partie d’un long coup de téléphone…

« Tu peux te présenter dans les grandes lignes ?
Bon, bah, écoute, je suis de l’Est de la France, et grâce à un père militaire, on a beaucoup voyagé, dont la Guyane et la Réunion. C’est là où j’ai commencé à surfer, à l’âge de 8 ans. Ensuite, on est arrivés en Bretagne, en 1995, pour ma rentrée en sixième. J’ai pas mal voyagé depuis, mais je me suis vraiment installé ici. J’ai vécu dans les quatre départements de Bretagne. Du coup, ça fait 22 ans que je surfe, essentiellement dans la région. »

« Le surf, ça commence comment pour toi ?
J’ai un père qui est tri-athlète, donc tout gamin, avec mon frangin il nous amenait souvent à la piscine. Puis en Guyane, on passait pas mal de temps à la plage, et à l’île de la Réunion, on habitait à côté d’un spot de surf. En deux-deux, j’ai remarqué qu’il y avait une bande de têtes blonds à l’école primaire qui traînait tout le temps ensemble, c’était des surfeurs.Ils étaient déjà dans un club, ça a été facile de les connecter et de prendre des cours d’initiation. On a joué dans les vagues avec des petits body-boards, et le jour où mon prof m’a filé une board de surf et que j’ai pris ma première vague en position allongée, ça a été une révélation. Du coup, j’ai tanné mes parents pour y aller les mercredi, samedi et dimanche.
Une fois que tu y as goûté, tu ne peux plus t’en passer. Ensuite, mon père a été muté en Bretagne, et même si le surf est beaucoup moins développé, médiatiquement et au niveau des infrastructures, il y a beaucoup d’écoles de surf et de clubs. Malgré le froid et le fait qu’il faille mettre des combinaisons, ça a été facile de continuer cette passion. »

« Le surf en Bretagne, c’est particulier ? Quels sont les caractéristiques de la région ?
La Bretagne, c’est 2800 kilomètres de côtes, très découpées, avec une côte Nord en Manche, une côte Ouest on dira l’Atlantique, et une côte Sud dans le Golf de Gascogne. Du coup, on est assez haut dans l’Atlantique pour avoir beaucoup de dépression. Tout comme pour la pêche et la navigation, le surf, c’est assez compliqué avec les marées, les courants et les cailloux. C’est aussi ludique que la côte française qui est très linéaire mais celle-ci donne des spots systématiquement exposés, des spots qui saturent quand la houle est trop grosse, ou quand le vent n’est pas dans la bonne direction, ce qui donne des vagues un peu brouillon.
La Bretagne, c’est assez particulier par rapport au reste de la France, dans le sens où on peut surfer quasiment toute l’année si on connaît bien les spots et leurs caractéristiques : la hauteur d’eau, les marées, le courant, l’orientation de la houle et du vent. Au contraire, plus on descend vers le sud de la France plus la côte ressemble à une belle une belle autoroute, du coup dès que le vent et les conditions sont un peu pourries, on ne surfe pas, on fait autre chose, j’exagère bien sûr, mais c’est un peu ça. En Bretagne, si on est prêt à faire des kilomètres, on peut toujours trouver un petit bout de vague qui est acceptable, et se mettre dans l’eau. »

« La recherche de la vague est quotidienne…
Oui, c’est ça… Bon par contre, le bilan carbone des surfeurs bretons est positif (Sourire.) Par exemple, aujourd’hui, je suis à Lorient, je monte à Loquirec, il y a deux heures de route, demain matin je vais faire des photos sur un spot secret, je remonte ensuite dans le même coin… Tu passes plus de temps sur la route qu’à surfer, par contre en terme de qualité de vagues, c’est assez exceptionnel… »

« Le fait de rider des vagues très différentes, ça t’a permis de t’adapter plus facilement quand tu voyages ?
Oui, c’est vrai. Je n’aime pas comparer, mais le Pays basque a des vagues de rochers, les Landes, c’est quand même beaucoup de spots de sables comme en générale toute la cote Atlantique ; en Bretagne, on a également des spots de sables que l’on appelle des ‘beach break’, mais on a aussi beaucoup de pointes et beaucoup de spots de ‘reef’ [spot de rochers-ndlr], beaucoup sont classiques avec des vagues qui déroulent normalement et qui sont longues. On a aussi beaucoup de vagues type ‘slab’, qui sont des vagues un peu plus pêchues, dangereuses, à ras la roche, avec très peu d’eau, des vagues très techniques. Du coup, quand tu voyages, et que tu te retrouves sur des vagues qui déroulent sur du corail, tu as beaucoup moins d’appréhension car tu as déjà surfé des vagues de rochers, tu sais à quoi t’attendre. De toutes façons, j’ai commencé à surfer sur des spots avec des rochers et des coraux, du coup quand je suis arrivé en Bretagne, en compét’ par exemple, dès qu’il y avait des vague plus creuses et plus violentes, j’étais plus à l’aise, un peu moins impressionné, forcément.

« Tu es parti avec tes amis Ewen et Ronan pour un voyage un peu particulier, vous avez fait un film, Des Îles Usions, qui est très impressionnant, tu peux nous en dire plus sur ce projet ?
Des Îles Usions, c’est le projet de trois citadins qui vivent en harmonie avec ‘la société’, avec ce que ça peut nous offrir comme confort. Par exemple, c’est facile de prendre sa voiture, d’aller surfer, d’aller à la boulangerie, je veux dire trouver rapidement de quoi manger, bien dormir le soir pour être en forme le lendemain matin au aurore. Et même si le surf est considéré comme un sport à la cool, c’est hyper physique, et le fait d’avoir une très bonne qualité de vie t’offre la possibilité d’être en forme et de bien surfer.
Des’iles’usions, le but du jeu était de savoir si tous les trois, hors de la société, d’être aussi à l’aise sur une île déserte en vivant par nos propres moyens tout en surfant. On a monté le projet, on a demandé à nos sponsors de nous aider (merci à eux, ils sont affichés sur le site) pour partir en Indonésie, avec 120 kilos de matériel, des panneaux solaires, des fusils de chasse sous-marine, des planches de surf, etc.
On a mis un mois à trouver une île déserte. C’est très compliqué de trouver une île sans personne dessus et avec de bonnes vagues, en général, ce n’est pas la population locale qui se réjouit des vagues, mais les surfeurs étrangers. On a trouvé une île avec deux vagues une droite et une gauche, et le but était de survivre le plus longtemps possible. D’où le titre Des Îles Usions, on voulait rester 40 jours et 40 nuits, on a demandé à un pécheur qui était à deux heures de l’île de nous déposer. Sauf qu’au bout de 23 jours on était complètement morts.
Et même si on a réussi à se dégager un peu de temps pour aller surfer, on a passé nos journées à chercher du bois, maintenir le feu en vie, creuser un trou pour trouver de l’eau, la purifier, à se battre contre les éléments, la pluie et les orages, et surtout trouver de la nourriture et se faire à manger, sans oublier de rester en bonne santé. »

La recommandation Posca
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